Je ne vais rien vous apprendre :
Sur notre chère planète bleue, il y a deux hémisphères, le Nord / le Sud, la terre / la mer...
Dans votre entourage, il y a vos amis / vos ennemis, des gentils / des méchants...
Et puis, il y a aussi les riches et les pauvres. (Ah ouai ?)

En fait, c'est plus complexe, parce qu'il y a les riches :

Les riches qui le valent bien.
Les riches qui le vivent bien.
Les riches qui le savent bien.
Les riches qui n'en font rien.
Les riches qui ne veulent rien...
Et puis, il y a aussi les pauvres :
Les pauvres qui ne veulent rien.
Les pauvres qui n'en font rien.
Les pauvres qui le savent bien.
Les pauvres qui le vivent bien.
Les pauvres qui le valent bien...
Où je veux en venir ?
Et bien, je suis un peu fatiguée de jouer sur les deux tableaux.
Je sais maintenant que je peux avoir des amis aux capacités financières totalement disparates.
Il n'y a aucune corrélation entre le degré d'amitié et la souplesse du portefeuille. J'ai mis du temps à le comprendre.
Sans pouvoir me l'expliquer de façon précise, je réalise que je me suis longtemps montrée méfiante, voire hostile à l'égard du "riche".
Elevée de façon simple pendant la majorité de l'année (et ce, durant toute mon enfance), je n'ai jamais manqué de rien. Je ne pensais pas à l'argent puisque ce n'était pas un souci.
Je ne voulais pas de nouveaux vêtements, je ne voulais pas aller chez le coiffeur, je ne voulais jamais changer de chaussures (même lorsqu'elles étaient trop petites), je n'écoutais pas de musique
donc pas de CD ni de Walkman (Bob Marley et Elvis me suffisait amplement dans la voiture de ma môman)...
Oui, je sais, j'en ai conscience... J'étais l'Enfant Parfaite : l'Elue...
ça c'était la routine, la petite vie dans une petite ville... l'ennui ? non, pourquoi tu dis ça... tu sais pas de quoi tu parles... "Vas-y, reste chez toi !"(-> Expression que ma petite soeur de
12ans m'a appris à prononcer avec tout le cran nécessaire).
Mes parents, professions libérales obligent, se devaient de vivre des expériences et des vacances devant lesquelles les patients ordinaires et ennuyeux crèveraient de jalousie. Et puis, oui, à
Tournan-en-brie (si, si, ça existe), la vie peut se révéler quelque peu monotone.
Donc vacances de rêves, week-ends en vadrouille, vie de château ou plutôt de Relais&Châteaux, découverte des grandes caves, des plus grandes tables de France...
Les moyens financiers de ma famille insoupçonnable et insoupçonnée par la petite fille que j'étais m'ont offert ce pourquoi je ne peux pas me permettre de parler d'inégalité des chances : une
éducation complète.
Sans être née avec une cuillère en argent dans la bouche, ni une cuillère en or "in the ass" comme Paris Hilton, j'ai reçu d'excellentes bases pour démarrer dans la vie.
Vous l'aurez compris, je ne suis pas une prolétaire.
La doctrine marxiste, j'oublie. Il ne fait pas se foutre du monde, avant même de lire la pensée du barbu, j'avais déjà interriorisé bon nombre de principes capitalistes...
Toutefois, avant de plonger dans l'univers bobo-aristo de la prépa, je ne réclamais pas. Le shopping, le resto, le ciné, c'était en famille pour acheter des baudriers d'escalade chez Décat', des
moufles au Vieux Campeur, etc...
Pas d'extravagances, un mode de vie plutôt nature, une meilleure amie fille et petite-fille (bien malgré elle) d'agriculteurs... : alors j'étais une fille simple qui avait de la tune (une Donna, en
somme).
Et puis, dislocation de la famille. Hop, moins de monde dans la maison, ou plutôt plus personne dans la maison.
Donc plus de maison...
Petit appart', jardin à la superficie plus que risible, chambre que l'on confond aisément avec un couloir qui ne donne sur rien... La petite bourgeoise se réveille au détriment de la petite
Fadette.
Prépa dans le 15ème, Bon Chic Bon Genre, Beau Cul Belle Gueule... j'en passe et des meilleures...
Apprentissage du shopping, du vrai, des sorties-potes au ciné et au resto, les vraies... J'ai casqué un max et je me suis rendue compte que j'avais perdu d'un coup d'un seul tous les privilèges de
mon enfance.
Pffiouu, ça fait mal de passer de la Noblesse au Tiers-Etat.
Déchéance : ( 1 ) Et si on me rendait mes titres.
( 2 ) Vous pourriez me rendre mes rentes, s'il vous plaît ?
( 3 ) Dis, je peux avoir de l'argent de poche, steuplé ?
( 4 ) On partage ton sandwich ? T'inquiète, j'ai pas faim. Oh merde, t'en voulais ? J'ai tout fini, tu m'en veux, dis ?
( 5 ) J'ssssuuuuiiiiiissssss fffaaaaaaauuuuuuucccccchhhéééééééééeeeeeee !!!!!!!!!!
Alors voilà, j'étais une grosse bourge sans le moindre sou (une Jackie, en somme).
Je sors du 15ème pour débarquer dans le 7ème. Je sais, si je cherche à éviter la richesse, je m'y prends plutôt comme un pied...
Je bosse dans un café, je gagne mon pain. Je vais à la fac et je suis serveuse en même temps, je suis un cliché ambulent et j'adore. Les gens aussi, il pleut des pourboires et je suis un martyre et
une sainte.
Dans ce quartier, je cultive mon goût pour le luxe a priori inaccessible et ma réputation de jeune travailleuse pleine de courage et de bons principes emplein de maturité.
Dans ce quartier, je dilapide mon salaire en vêtements hors de prix, en coiffeur-visagiste réputé et je mène une vie de pimbèche : revanche sur mon profond sentiment d'infériorité pécuniaire de
l'année passée.
Dans les amis et dans les amitiés, on retrouve aussi cette distorsion. Délires prout-prout, Charles-Henri mon cher, le côte-du-Rhône ne serait-il pas légèrement bouchonné ? ou alors Trip
pastouilles, croque-môsieur et piquette à volonté...
Alors, ce post s'adresse au final à ma propre conscience, à mon petit Jiminny Cricket', à mon autre moi, à mon M. Hyde - puisque je suis la docteresse Jackie ;) -, à mon "Tony" (cf. "Shining")...
:
"Suis-je riche ou pauvre ?", "Est-ce que je me sens riche ou pauvre ?", "Est-ce que je vis comme une riche ou non ?"...
Prochain post en prévision : "Suis-je blanche ou noire ?" ;D