Le paroxysme de la paranoïa, je l'ai atteint.
Ce soir-même.
Mon frère doit venir manger à la maison.
Traduction : On a fait venir celui que tu idôlatrais jadis pour te faire la morale, te dire que c'est drôlement sympa d'avoir un armada de diplômes et plein de fric. Mais toi, petite
inconsciente, tu n'écouteras pas parce que tu en as plein le dos, plein le dos, plein de dos.
Alors voilà, le grand, le frère débarque. Il a des jolis chaussures noires qui brillent, un manteau de monsieur et il ne pique presque plus quand il fait la bise. Même son bouc s'est adouci, il a
l'air dompté, il pourrait jouer dans une pub pour après-rasage (dans laquelle le mec ne se raserait pas...)
Durant le repas, je me retiens de siffler mes réticences, je me retiens de cracher mes insanités, je bouillonne.
Self-control ? Dans les textes, ça en a tout l'air.
En pratique, ça donne :
Regard noir n°1 : suppot de Satan, ils t'ont enrôlé, toi qui fût mon allié...
Regard noir n°2 : c'est ça, débite des banalités, t'es vieux avant l'heure mon pauvre...
Regard noir n°3 : bon quand est-ce qu'elle vient la leçon de morale ? je m'ennuie presque là...
Regard noir n°4 : ils se sont ligués contre moi, ils attendent la fin du repas pour me porter le coup final sans m'apporter le dessert.
Et ça continue jusqu'au regard noir n°17, je crois...
Bilan de la soirée : Mon frère est un être humain. Sa seule et plus grande faiblesse, à mes yeux, c'est indéniablement de faire partie de ma famille.